2nd Lt. Smith Robert E. "Bob"

Le 2nd Lt. Smith Robert E. "Bob" est né le 9 décembre 1918. De Northwest, Washington, D.C.

Evasion Robert E. Smith 336th Squadron , le 26 Septembre 1942

Le 26 Septembre 1942

J’ai décollé de Bolthead à peu près à 16h05. Après s’être mis en formation au- dessus du champ nous avons pris la direction du sud. Nous avions un vent très fort qui nous poussait par l’arrière et on a pris de l’altitude avec régularité. A environ 10 miles au large de la côte anglaise nous nous sommes retrouvés au-dessus de nuages 10/10 à une altitude de 4,000 pieds. On a continué à prendre de l’altitude jusqu’à atteindre environ 28,000 pieds. On ne voyait pas de Forteresses. On volait depuis environ 30 minutes quand mon moteur est tombé en panne, ce qui m’a obligé à me séparer de la formation. Cependant, mon moteur est reparti à une altitude de 22,000 pieds. J’ai suivi la formation mais quand j’ai vu trois Forteresses j’ai fait demi-tour et je les ai suivies de près. Ces Forteresses se sont débarrassées de leurs bombes bien qu’il n’y ait pas eu de cible en vue à ce moment là, étant donné que nous étions toujours au-dessus des nuages. Une dizaine de minutes plus tard j’ai vu mon Squadron et j’ai essayé de le rejoindre. Nous sommes descendus au-dessous de la base des nuages et nous nous sommes retrouvés au-dessus de l’eau. On voyait uniquement la côte nord de la France et le chef d’escadron a aperçu la terre. Il faisait mauvais temps. La visibilité était faible, un vent de nord soufflait fort et les nuages étaient chargés. On s’est dirigés directement au-dessus de Brest en formation Squadron à une altitude de 2,000 pieds et on a essuyé des tirs anti-aériens vraiment importants. D’après la conversation R.T (radio transmission), il était évident que certains pilotes avaient cru qu’ils survolaient l’Angleterre. J’ai reçu un impact à l’arrière du cockpit dans le fuselage. Je me suis séparé de la formation, je suis descendu à basse altitude et j’ai quitté la zone. Ensuite, comme il me restait très peu de carburant, j’ai pris de l’altitude pour disparaître dans les nuages, à environ 4,000 pieds, j’ai mis l’avion sur le dos et me suis éjecté. J’ai atterri dans un petit champ près de Hanvec à 18h15.

Je ne portais pas sur moi de papiers confidentiels ; mon avion s’est crashé – il n’en restait que des débris. Après avoir atterri j’ai immédiatement caché mon parachute et ma tenue dans des buissons qui bordaient un fossé. Plus tard les Français les ont enlevés. Je me suis mis à marcher et j’avais parcouru environ deux miles quand un garçon Français s’est approché et m’a emmené dans un endroit retiré derrière une haie. Il est parti puis il est revenu une vingtaine de minutes plus tard avec un imperméable et du chocolat. Ensuite, il m’a emmené vers un moulin où l’on m’a donné des sabots en bois pour remplacer mes bottes de vol. Il m’a également offert du cidre. Ensuite il m’a caché dans une grotte jusqu’à ce que la nuit tombe. Il est revenu avec un ami à environ 22h30. Ils avaient des bicyclettes. On a parcouru environ 8 km et on a rencontré un troisième ami. C’est chez homme que je devais passer la nuit. On a continué tous ensemble pendant environ 5 km. Ensuite, ils m’ont laissé tomber car ils pensaient que j’étais Allemand car quand ma bicyclette est tombée en panne je leur ai dit : « Come, here ! » ( venez ici !) mais ils ont cru que c’était de l’Allemand (« Komm hier ! »).

J’ai passé la nuit dans un appentis et le lendemain matin je me suis mis en route jusqu’à ce que je rencontre des paysans. On a communiqué par gestes. J’ai dit que j’étais Américain. Ils m’ont caché dans les bois et m’ont offert de la nourriture. Ils m’en ont donné plus que je ne pouvais avaler et ils m’ont offert aussi des alcools forts. J’ai passé la nuit chez un ami à eux. Cet ami parlait ou essayait de me parler ; il s’est absenté puis il est revenu dans la soirée pour me conduire chez un autre homme à Hanvec. Je suis resté dans une chambre chez cet ami sept jours pendant lesquels il m’a nourri et m’a donné des vêtements civils (un costume) qui avaient été retaillés pour moi. Au cours de la semaine, le propriétaire de la maison s’est rendu à Brest et dans d’autres endroits pour trouver un moyen de me faire évader. Le lundi matin je me suis rendu en train à Quimper, en compagnie du propriétaire de la maison. A ce moment-là je n’avais aucun papier. A la gare, les gardes Allemands ne nous ont pas inquiétés. A Quimper nous avons été hébergés chez un ami et la suite de mon voyage a été planifiée pour moi.

Le 14 décembre 1942, alors que nous franchissions la frontière espagnole (j’étais accompagné de trois personnes) des carabiniers espagnols nous ont tirés dessus. Nous avons été arrêtés ; on nous a fouillés et on nous a dit qu’il fallait retourner en France. On les a soudoyés avec nos montres et ils nous ont autorisés à poursuivre notre voyage. Plus tard, on a rencontré par hasard un Espagnol sympathique qui nous a donné du pain et du vin. Les Espagnols que nous avons rencontrés tout au long du chemin semblaient bien savoir à qui ils

avaient affaire et plus d’une fois ils nous ont prévenus qu’il y avait des patrouilles sur la route. Nous avons continué à marcher en évitant Figueras et les petits villages jusqu’à ce qu’on arrive à Gerone. A Gerone on a filé devant l’officier de contrôle et on a essayé de louer un taxi, en vain. On nous a dit qu’il y avait un Consul Britannique et ils nous ont appris son adresse. Nous sommes allés le voir pour lui demander de l’aide. Après lui avoir révélé notre identité nous lui avons demandé s’il pouvait faire venir une voiture de Barcelone ou s’il pouvait nous mettre dans le train pour Barcelone ou dans un camion pour nous transporter ou même encore nous procurer des bicyclettes mais il a répondu qu’il ne pouvait rien faire. Toutefois, il nous a envoyés auprès d’un Espagnol qui nous a donné un repas. Il nous a également donné des cigarettes et de l’argent.

Le 17 décembre 1942

A environ 10h30, le 17 décembre 1942 nous nous sommes mis en route pour Barcelone avec une miche de pain et une bouteille d’eau. On se trouvait à moins de 56 km de Barcelone lorsqu’on a été cueillis par des membres de la Guardia Civil. Ils nous ont incarcérés à la prison de Malgrat où nous sommes restés quatre jours. La nourriture y était vraiment minable mais ils ont bien voulu nous apporter du café et du cognac en échange de notre argent. Ensuite la police nationale nous a emmenés à la préfecture de Barcelone(*) et on nous a mis en prison.

 

Dans les deux prisons on nous a interrogés sur les dates ( ? du crash), point sur lequel on n’a pas menti. On nous a également demandé comment nous avions voyagé mais on n’a pas dit grand -chose là-dessus. Ils savaient ou paraissaient savoir qu’on leur mentait. On a demandé à ce que le Consul Britannique soit averti et on finalement réussi à envoyer un message au Consul de Belgique (par l’intermédiaire d’un jeune Belge qui venait d’être relâché).

Le 24 décembre 1942 nous avons reçu de la part du Consul Britannique deux paquets contenant des couvertures, de la nourriture, etc… Ensuite, le Consul Britannique et le Consul Américain nous ont rendu visite. Ils ont dit qu’ils pensaient pouvoir nous faire sortir dans quatre jours. Le lendemain on nous a dit de rassembler nos affaires. Nous nous sommes rendus à Saragosse où on nous emmenés dans un hôtel. La seule restriction qu’on nous ait imposé, c’était de ne franchir en aucun cas les limites de la ville. Là, nous avons été autorisés à téléphoner au Consul Britannique qui nous a envoyé de l’argent pour nous acheter des vêtements. Nous y sommes restés à peu près neuf jours et on nous a ensuite emmenés à Ahlama de Aragones où sont internés un nombre impressionnant d’équipages britanniques. Nous y sommes restés deux ou trois heures et accompagnés de 15 membres d’équipages de la R.A.F nous nous sommes rendus à Madrid en ambulance. Nous avons été hébergés à Madrid chez un particulier pendant huit jours et nous en sommes partis le 14 Janvier 1943 ; nous avons passé la nuit à Séville et avons poursuivi jusqu’à Gibraltar. Et nous avons poursuivi jusqu’à Gibraltar. Pour ce faire nous avons voyagé en bus. Je suis resté à Gibraltar du 15 au 26 janvier. J’ai quitté Gibraltar à 3h du matin, le 26, à bord d’une Forteresse américaine et je suis arrivé à Port Reath à 10h du matin. Après le repas je suis parti pour Hendon à bord d’un C-47.

Dans l’avion (une Forteresse) se trouvaient avec moi : Un Colonel Américain, un lieutenant de vaisseau Américain, le Lieutenant Mays de l’Air Corps, le lieutenant Hartin de l’Air Corps, un soldat Américain ainsi que l’équipage.

Nous n’avons pas été interrogés à Reath ; ils se sont contentés de nous regarder pour voir si on avait sur nous des micros cachés. Nous sommes arrivés à Londres à 16h30 et nous nous sommes présentés au Quartier Général le 28 janvier au matin. Déclaration du 2nd Lieutenant Robert E. Smith « Ce qui m’est arrivé à Madrid et à Gibraltar. Propositions pour améliorer les conditions et pour aider le personnel Américain. »

A Madrid j’ai été placé sous l’aide protectrice de l’Ambassade Britannique et l’ensemble du dispositif m’a donné satisfaction. Toutefois, j’ai eu une vraie discussion avec le Captain Babcock (l’assistant de l’Attaché militaire de l’Ambassade Américaine) et avec le Lieutenant Williams ( l’assistant de l’Attaché naval).

C’est entièrement sur eux que repose la lourde charge de permettre aux Américains qui se trouvent en Espagne d’être relâchés. Pour eux ceci constitue une tâche entièrement nouvelle. A présent le Captain Babcock possède une grande expérience en ce qui concerne les différentes situations et nos hommes parviennent à sortir (du territoire) de manière plutôt régulière. Mais il a besoin d’assistance, de moyens de transport, de carburant, de pneus pour le transport et de bien d’autres choses dont il pourrait lui-même faire la liste mieux que moi. La question du transport est cruciale.

A Gibraltar on ne fait pas grand cas de l’accueil réservé aux Américains. On a dû revêtir des uniformes britanniques (il n’y avait pas d’uniformes américains disponibles). Le Lieutenant- Colonel Holcamb fait tout le travail. Il ne possède pas de moyens d’identification, n’a pas de personnel administratif et ne dispose d’aucune réserve d’argent s’il en a besoin. Il achète sur ses deniers personnels les insignes pour les battle-dress. Il devrait y avoir quelqu’un dont la seule mission consisterait à s’occuper de nos troupes qui vont bientôt arriver de plus en plus nombreuses et on devrait procurer à cet officier les moyens nécessaires pour vêtir, identifier et organiser le rapatriement.

Je souhaiterais déposer plainte contre Mr Rapley du service consulaire britannique qui se trouvait à Sircona en tant que représentant du Consul à Barcelone. Quand nous lui avons demandé instamment de l’aide (nous, c’est-à-dire, Barnard, le Leader du squadron et moi-même) après s’être identifiés au mieux, il nous a dit qu’il nous faudrait aller à Barcelone par nos propres moyens. On lui a demandé d’appeler Barcelone pour avoir une voiture, de nous mettre dans un train, de trouver un camion qui allait à Barcelone ou de nous fournir des bicyclettes – tout cela, en vain. On a reçu 30 cigarettes, 100 pesetes et on a été dirigés vers un Espagnol qui nous a nourri. Plus tard le Consul à Barcelone nous a dit que si Mr Rapley avait appelé Barcelone, on nous aurait envoyé une voiture en moins de 2 heures. Le Consul lui-même était furieux. Cet homme est également censé s’occuper des intérêts des gens incarcérés à Sircona et dans la région. J’ai quelques doutes sur l’efficacité de la démarche.

1 - Robert a écrit Jeftura ( il s’agit à mon avis de Jefatura, qui signifie commandement, direction ; jefatura de policía signifie préfecture de police …)

Traduction du rapport escape evasion EE-07 : Véronique Le Sergent Veyrié